Ludivine F.

par (Libraire)
16 juin 2022

Fougueuse famille

Carmen a très peu connu ses parents, des révolutionnaires anti-franquistes, qui l'ont laissée en France aux bons soins de ses sœurs aînées avant de se faire arrêter. La famille Ruiz-Monpean s'est depuis installée à Marseillette et Rita, l'une des sœurs, tient un café dans lequel vont et viennent de nombreux habitués. Hors de leur pays d'origine, la vie a continué et de nouveaux liens se sont créés. Carmen a une quarantaine d'année lorsque décède sa nièce chérie, la fille de Rita, leur rayon de soleil. Elle qui dansait et chantait à merveille, la voyageuse, l'amoureuse, la douceur incarnée. Celle que Carmen considérait comme sa presque fille. La narratrice se replonge alors dans les souvenirs de sa vie et de sa famille. Toujours dans les jupes de ses sœurs à la vingtaine, protégée des coups du sort, choyée. Les années passant, elle papillonne à droite et à gauche lorsque s'épanouissent ses envies de découvertes et sa sensualité. A 30 ans, sa fuite sur un coup de tête avec le séduisant Antonio, torero de son état, charmeur hors pair, mais aussi grand manipulateur qui ne lui réservera pas que des bonnes surprises. Ses années derrière les barreaux où elle découvre une violence à laquelle personne ne l'avait préparée. Son amitié avec une détenue influente qui lui fait découvrir la littérature. Et son retour auprès des siens, grandie, changée, mais pas au bout de ses surprises... Dans ce récit, on s'invective en espagnol, on s'adore en français, on se déteste dans les deux langues, on veut fuir mais on n'est jamais aussi bien que dans les bras de ses proches. Une jolie écriture, beaucoup de moments touchants, des personnages au caractère bien trempés, c'est cette ambiance que nous offre Olivia Ruiz dans son nouveau roman : très réussi !!

Au vent des îles

16,00
par (Libraire)
2 juin 2022

Dans l'enfer du bagne

Fin XIXe siècle, alors que la guerre contre la Prusse est imminente, Victor, jeune bandit de 16 ans, voit son destin chamboulé. Après l'agression d'un bourgeois qui tourne mal, son père, son grand frère et lui se font attraper par les gendarmes. Son paternel ordonne alors au jeune homme d'endosser la responsabilité du crime pour acquitter Alphonse, qui, lui, a une femme et des enfants. N'osant pas discuter la consigne, Victor est alors condamné par le tribunal. D'abord emmené au bagne de Toulon, il se confronte à l'extrême violence des gardiens de prison et doit intégrer très rapidement les codes pour survivre dans cet univers infiniment hostile. Peu de temps après arrivent les communards, des gars endurcis, idéalistes, soudés, qu'on envoie au trou pour leur résistance à l'Empire. Parmi eux, Léopold, un dur à cuire, infatigable défenseur de ses camarades, beau comme un prince. Victor, dans son désespoir, s'attache à ce nouveau venu comme à une bouée de sauvetage. Mais les conditions ne cessent de se durcir et quelques mois plus tard, les voilà sur un navire direction la Nouvelle-Calédonie, le bagne de Nouméa... autrement dit, le bout du monde, pour Victor qui n'a jamais vu l'océan. Les coups pleuvent, leurs geôliers se déchaînent, mais certains n'ont pas l'intention de croupir là-bas. Le roman est inspiré de faits historiques puisque ces bagnes ont réellement existé et l'on imagine que les conditions étaient aussi peu tendres que le décrit Franck Chanloup, qui nous embarque dans une aventure de survie aux côtés d'un héros qui lutte à chaque instant pour la possibilité d'un espoir. Un récit fort et touchant !

Jacques-Olivier Trompas

Au vent des îles

15,00
par (Libraire)
28 mai 2022

De l'art étrange et difficile de suivre ses valeurs

Antoine a presque trente ans, vit sur l'héritage de son grand-père, qui était jusqu'à peu sa seule famille restante, dans un appartement parisien. Sous ses fenêtres, les manifestations se succèdent, les militants affluent, on lutte pour plus de justice sociale, pour le climat, pour une révolution. Antoine, lui, ne se sent pas concerné et flotte dans la vie sans travail, sans attaches et sans but. C'est donc ballotté par le hasard qu'il se retrouve à suivre la piste d'une jolie demoiselle jusqu'à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Le début d'une aventure rocambolesque qu'il n'aurait jamais imaginée et qui le mènera jusqu'en Australie, terre chérie de son grand-père ethnologue, amoureux de la culture aborigène. De coups du sort en malchances, Antoine se retrouve dans de sales draps, mais, alors que tout pourrait aller encore plus mal, se dessine la possibilité d'un pardon et une voie vers la lumière. Après tout, Gugubarra, le messager du dieu Baiame chante tous les matins pour rappeler aux vivants le message : aux ténèbres de la nuit succède encore le jour.
Ce roman nous offre une belle galerie de personnages souvent bousculés dans leurs croyances et leurs valeurs, se heurtant à la complexité du réel et les obligeant à repenser la façon dont ils veulent vivre et faire partie du monde. Une lecture intelligente et inspirante !

par (Libraire)
6 mai 2022

Le grand voyage d'une fleur sauvage

Nous sommes complètement charmées par cette lecture qu'on vous recommande très très chaudement ! Une histoire sombre mais infiniment poétique, où une jeune héroïne confrontée très tôt à la misère et la violence des adultes cherche tous les moyens pour reconquérir une vie qui puisse être douce. Elevée au Dépôt par Luis, son père adoptif qui l'a trouvée bébé dans un carton d'appareil-photo recouverte de polystyrène, Olympe apprend auprès de lui l'art du vol. Mais le monde des petits trafics est sans pitié et bientôt, un nouveau chef apparaît. Elle sent le vent tourner. Olympe est débrouillarde, futée, maîtrise le sourire séducteur, n'a pas peur de se retrousser les manches, et sait aussi fuir quand il le faut. Mettant à exécution un plan pour échapper au Marquis, alors qu'elle craint de finir à jamais enfermée, George fait irruption au volant de son ambulance pour fleurs en détresse. Commence alors pour la jeune fille et son ami au bras de bois la grande évasion, l'aventure, toujours incertaine, et au bout, l'océan... Un roman magnifique et très émouvant où l'imagination et le rêve prennent le relais lorsque tout paraît insurmontable. Foncez, c'est une merveille !

par (Libraire)
22 avril 2022

Tempêtes en dehors et en dedans

Jennifer Lesieur, que l'on connait pour ses biographies (Jack London, Alexandra David-Néel, Amelia Earhart, Mishima...), s'adonne ici pour la première fois au roman et on peut dire que le coup d'essai est réussi ! Notre histoire se passe à Tahiti au début des années 90. L'autrice connait l'île pour y avoir vécu et nous invite à contempler les paysages où bougainvilliers, bananiers et arbres à pain déploient leurs feuilles et leurs odeurs, où le bruit des vagues s'entend de partout, un relief dessiné par l'activité volcanique importante de l'île et l'omniprésence de la nature vivace. La narratrice, une collégienne popa'a (une blanche venue de la métropole), voit passer le cyclone qui ravage les environs par l'interstice de sa maison barricadée. Une fois la tempête partie au loin, alors que le calme semble revenu, les choses se compliquent. Dans sa classe où se côtoient diverses nationalités, cultures et milieux sociaux, l'une de ses amies, petit à petit, se renferme sur elle-même et agit de façon étrange. Elle cache quelque chose mais ne dit pas quoi... Certaines tempêtes ne sont pas aussi impressionnantes que celles qui déracinent les arbres du jardin, pourtant elles sont bien là, tapies, et par amitié pour Tumata, l'héroïne et sa petite bande chercheront les réponses, quitte à se heurter à la réalité de la misère et de la violence. Un roman (malheureusement toujours) actuel et percutant où des adolescentes soudées confrontent la face sombre du monde des adultes avec courage et détermination.